Gestion passive et ETF : ce que l’étude SPIVA révèle sur le coût réel de la gestion active

Lorsqu’un établissement vous propose une gestion sous mandat ou une sélection de fonds « maison », la question des frais arrive rarement en premier. Elle est pourtant déterminante. Sur un horizon de dix ou vingt ans, l’écart entre ce que rapportent les marchés et ce qui revient réellement à l’investisseur dépend, pour une large part, du coût de la gestion. C’est précisément ce que mettent en lumière, année après année, les travaux de S&P Dow Jones Indices sur la gestion active. Leurs conclusions invitent tout investisseur patrimonial à réexaminer la place de la gestion passive dans son allocation, sans dogmatisme, mais avec lucidité.

L’étude SPIVA, arbitre du débat entre gestion active et gestion passive

Publiée depuis 2002 aux États-Unis et depuis douze ans en Europe, l’étude SPIVA (S&P Indices Versus Active) compare la performance des fonds gérés activement à celle de l’indice représentatif de leur catégorie. Trois choix méthodologiques en font une référence :

  • des performances nettes de frais de gestion (hors droits d’entrée) : c’est bien le résultat obtenu par l’investisseur qui est mesuré ;
  • la correction du biais du survivant : les fonds fermés ou fusionnés en cours de période restent comptabilisés, alors que de nombreuses bases de données les font discrètement disparaître ;
  • une comparaison à périmètre équivalent : un fonds actions européennes est comparé à un indice européen, et non à un indice plus facile à battre.

Les chiffres à fin 2025 : sur dix ans, une sous-performance massive

La dernière édition européenne, arrêtée au 31 décembre 2025, confirme un constat désormais ancien. Sur dix ans, parmi les fonds actifs libellés en euros :

  • environ 98 % des fonds actions internationales ont fait moins bien que l’indice S&P World ;
  • environ 98 % des fonds actions américaines ont fait moins bien que le S&P 500 ;
  • environ 97 % des fonds actions européennes ont fait moins bien que le S&P Europe 350.

Plusieurs enseignements complètent ce tableau. D’abord, la durée joue contre la gestion active : même en 2025, année jugée plutôt propice aux gérants, 71 % des fonds actions internationaux en euros ont terminé sous leur indice, et ce taux s’élève à mesure que l’horizon s’allonge. Ensuite, la surperformance se répète rarement : selon le volet « persistance » de l’étude, seuls 16 % des fonds actions internationaux classés dans la meilleure moitié de leur catégorie fin 2020 y figuraient encore sur les cinq années suivantes, bien moins que ce qu’aurait produit le simple hasard. Enfin, près de quatre fonds actions internationaux sur dix existant il y a dix ans ont depuis été fermés ou fusionnés.

Les frais, le paramètre que l’investisseur maîtrise

Un écart qui se capitalise

Les frais courants d’un fonds actif se situent souvent entre 1 et 2 % par an, contre généralement 0,1 à 0,3 % pour un ETF répliquant un grand indice. Ces frais sont prélevés chaque année, quelle que soit l’évolution des marchés, et leur effet se cumule avec le temps.

Prenons l’exemple de 100 000 € investis pendant 20 ans sur un marché hypothétique progressant régulièrement de 7 % par an :

  • avec 0,2 % de frais annuels, le capital atteindrait environ 373 000 € ;
  • avec 1,5 % de frais annuels, il atteindrait environ 292 000 € ;
  • soit un écart d’environ 81 000 €, imputable aux seuls frais.

Cet exemple est purement illustratif : les marchés ne progressent jamais de façon linéaire, un rendement de 7 % n’est en rien garanti et le calcul ne tient compte ni de la fiscalité, ni des frais propres à l’enveloppe. Il montre simplement qu’à performance de marché égale, le coût de la gestion pèse lourdement sur le capital final.

Des frais qui s’additionnent

Dans une assurance-vie ou un contrat de capitalisation, les frais des supports s’ajoutent aux frais de gestion du contrat, voire à ceux d’un mandat. Raisonner en frais totaux, et non support par support, est la seule façon d’apprécier le coût réel d’une allocation.

ETF : des atouts solides, des limites à connaître

Ce que la gestion passive apporte

  • La diversification : un ETF sur un indice mondial expose à plusieurs centaines, voire milliers de sociétés, ce qui réduit fortement le risque propre à chaque titre.
  • La transparence : la composition de l’indice est publique et ses règles de construction sont connues.
  • La maîtrise des coûts : l’avantage de frais est certain et connu à l’avance, contrairement à une hypothétique surperformance.
  • La liquidité : les ETF se négocient en continu en Bourse, dans des conditions normales de marché.

Ce qu’elle ne fait pas

Un ETF réplique son marché, à la hausse comme à la baisse : il n’offre aucune protection en cas de repli et l’investisseur supporte intégralement le risque de marché, y compris un risque de perte en capital. Les grands indices pondérés par la capitalisation peuvent aussi être très concentrés : le poids des plus grandes sociétés américaines dans les indices mondiaux s’est nettement accru au cours de la dernière décennie. S’y ajoutent le risque de change sur les indices non européens, l’écart de suivi par rapport à l’indice, le risque de contrepartie propre aux ETF à réplication synthétique et les coûts de transaction. Enfin, tous les ETF ne sont pas accessibles dans toutes les enveloppes : leur référencement varie d’un contrat d’assurance-vie à l’autre, et le PEA impose ses propres règles d’éligibilité.

L’approche cœur-satellite : conjuguer gestion passive et convictions

Constater les limites de la gestion active ne conduit pas à l’écarter par principe : les taux de sous-performance varient selon les catégories et les périodes. Dans notre pratique, nous privilégions une construction en deux étages :

  • un cœur en gestion passive, composé d’ETF diversifiés sur les grands indices, qui porte l’essentiel de l’exposition aux marchés à moindre coût ;
  • des satellites sélectionnés, là où une gestion active, une expertise spécifique ou une classe d’actifs difficilement indexable peuvent justifier leur coût : certaines niches de marché, le non-coté ou des solutions répondant à un objectif précis, chacune comportant ses propres risques (illiquidité, perte en capital).

La répartition entre cœur et satellites n’a rien d’universel. Elle dépend de votre horizon, de votre tolérance au risque, de votre fiscalité et de l’enveloppe utilisée. C’est tout l’objet du bilan patrimonial qui ouvre notre méthode d’accompagnement.

Vos frais sont-ils justifiés ? Les bonnes questions à se poser

  • Quel est le total des frais annuels de votre allocation, enveloppe comprise ?
  • Vos fonds actifs ont-ils fait mieux que leur indice, frais déduits, sur cinq et dix ans ?
  • Votre contrat donne-t-il accès à des ETF, et à quelles conditions ?
  • La gestion proposée est-elle construite autour de vos objectifs ou autour de la gamme d’un établissement ?

Répondre à ces questions suppose une lecture attentive des documents d’information (DIC, relevés annuels de frais) et une comparaison avec des indices pertinents. Cette analyse est au cœur de notre vision d’un conseil patrimonial objectif : n’étant liés à aucun établissement, nous pouvons comparer librement les solutions du marché.

En synthèse

Les données SPIVA ne disent pas que tous les gérants actifs échouent. Elles montrent qu’il est rare, et difficile à anticiper, qu’ils compensent durablement leurs frais. Pour un investisseur de long terme, la gestion passive constitue donc une base rationnelle, que des convictions bien choisies peuvent compléter. L’essentiel est de savoir ce que l’on paie, et pourquoi.

Si vous souhaitez faire analyser les frais et la construction de votre portefeuille, découvrez notre accompagnement des clients privés ou prenez rendez-vous pour un premier échange.

Sources : S&P Dow Jones Indices, SPIVA Europe Scorecard Year-End 2025 et Europe Persistence Scorecard Year-End 2025.

Avertissement : cet article est fourni à titre informatif et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil en investissement personnalisé, ni une incitation à investir. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Tout investissement sur les marchés financiers comporte un risque de perte en capital. Toute décision patrimoniale suppose au préalable un bilan individualisé tenant compte de votre situation et de vos objectifs.

Qu'est-ce que la gestion passive ?

La gestion passive consiste à reproduire la performance d’un indice de marché (par exemple un indice actions mondial) plutôt qu’à chercher à le battre par la sélection de titres. Elle s’appuie principalement sur des ETF, ou trackers, dont les frais sont généralement bien inférieurs à ceux des fonds gérés activement.

Les ETF sont-ils moins risqués que les fonds actifs ?

Pas nécessairement. Un ETF diversifié réduit le risque propre à chaque société, mais il reproduit intégralement les hausses comme les baisses de son marché, sans aucune protection. Il comporte donc un risque de perte en capital, ainsi que des risques spécifiques (change, écart de suivi, contrepartie pour les ETF synthétiques).

Peut-on détenir des ETF dans une assurance-vie ou un PEA ?

Oui, mais sous conditions. Le choix d’ETF disponibles dépend de chaque contrat d’assurance-vie, et seuls les ETF respectant les règles d’éligibilité du PEA peuvent y être logés. Il faut aussi tenir compte des frais de l’enveloppe, qui s’ajoutent à ceux des supports.