Vous vous versez 3 500 € nets par mois, vous avez constitué votre société en SAS « par défaut », et vous peinez pourtant à vous constituer un patrimoine personnel. Ce paradoxe, nous le rencontrons régulièrement en rendez-vous. La cause tient rarement au niveau de votre rémunération : elle se loge dans sa mécanique, et plus précisément dans le statut social qui en découle. Entre une SAS et une SARL, le coût d’un même revenu net peut varier de plusieurs milliers d’euros par an. Autant de trésorerie qui, au lieu de financer votre avenir, part en cotisations.
Le président de SAS relève du régime des « assimilés salariés ». Sa rémunération supporte donc des charges sociales proches de celles d’un cadre salarié : cotisations patronales et salariales se cumulent et alourdissent sensiblement la facture pour la société.
Prenons un exemple que nous avons récemment chiffré, étant entendu que les montants dépendent de chaque situation. Pour qu’un président de SAS perçoive 3 500 € nets dans sa poche, la société doit mobiliser de l’ordre de 6 042 € de trésorerie. Une part importante de l’écart entre ce que paie l’entreprise et ce que touche le dirigeant se dissout ainsi en prélèvements sociaux.
Dans une SARL dont le gérant est majoritaire, ce dernier relève du régime des travailleurs non salariés (TNS), géré par la Sécurité sociale des indépendants. Les taux de cotisation y sont globalement plus faibles que dans le régime assimilé salarié.
Sur le même objectif de 3 500 € nets mensuels, le coût pour la société tombe, dans notre exemple, à environ 5 161 €. Soit une différence de l’ordre de 881 € par mois, près de 10 571 € par an. Cette somme reste, à revenu net équivalent, dans la trésorerie de l’entreprise ou dans la capacité d’épargne du dirigeant, au lieu de financer des cotisations.
Ce constat ne signifie pas que la SARL serait « meilleure » que la SAS dans l’absolu. Le choix de la forme sociale obéit à de nombreux critères (gouvernance, entrée d’investisseurs, cession future, régime des dividendes). Mais il rappelle que ce choix a un coût social concret, trop souvent ignoré au moment de la création.
C’est l’objection que nous entendons presque systématiquement : le statut assimilé salarié offrirait une bien meilleure protection sociale. Dans les faits, la réalité est plus nuancée.
Toujours dans notre exemple, certaines garanties du régime TNS ressortent supérieures : les indemnités journalières maladie (de l’ordre de 59 € par jour contre 39 €) comme le capital décès (environ 9 612 € contre 3 977 €). À l’inverse, la rente annuelle d’invalidité se révèle plus favorable côté SAS. Aucun régime n’est donc globalement « gagnant » : tout dépend du risque que l’on souhaite couvrir en priorité.
Un point mérite toutefois une vigilance particulière : les droits à la retraite. Le régime assimilé salarié ouvre, à cotisations comparables, des droits souvent plus élevés. Cet écart doit impérativement entrer dans l’analyse, car il s’apprécie sur l’ensemble de la carrière.
Surtout, la marge dégagée change la donne. Avec environ 10 571 € récupérés chaque année, le dirigeant de SARL dispose des moyens de financer lui-même une prévoyance complémentaire et une épargne retraite sur mesure, calibrées sur ses besoins réels plutôt que sur un régime obligatoire standardisé.
C’est là que notre regard de conseil en gestion de patrimoine diffère de la seule lecture juridique ou comptable. Le choix du statut n’est pas qu’une formalité de création : c’est un levier patrimonial. Réorientée avec méthode, la marge annuelle dégagée peut contribuer à construire un capital dans la durée.
Nous insistons toutefois sur un point : aucun placement ne garantit un résultat. Tout investissement comporte un risque (perte en capital, illiquidité, aléa fiscal) et s’apprécie sur un horizon de long terme. L’enjeu n’est pas de promettre un gain, mais de cesser de laisser filer une ressource récurrente.
Plusieurs leviers, à combiner selon votre situation, méritent l’examen :
Encore faut-il avoir conscience de cette marge avant de s’enfermer, parfois pour plusieurs années, dans un statut coûteux. Sur quinze ou vingt ans, l’écart cumulé n’a plus rien d’anecdotique.
La plupart des dirigeants que nous accompagnons n’ont jamais réalisé ce calcul. Or il conditionne, en amont, une part importante de leur capacité à se constituer un patrimoine. Comparer SAS et SARL, mesurer le coût social de chaque euro net versé, puis réinvestir la marge de façon cohérente avec vos objectifs : telle est la démarche que nous menons aux côtés des dirigeants d’entreprise que nous conseillons, dans le cadre d’une approche globale décrite dans notre méthode.
Si vous n’avez jamais fait ce chiffrage, il est sans doute temps d’en parler. Vous pouvez prendre rendez-vous pour un premier échange.
Cet article est fourni à titre informatif et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil en investissement personnalisé, ni une incitation à investir. Les montants cités sont des exemples qui dépendent de chaque situation et ne constituent pas des références universelles. Toute décision patrimoniale suppose au préalable un bilan individualisé tenant compte de votre situation et de vos objectifs.
Non. Seul le gérant majoritaire relève du régime des travailleurs non salariés. Un gérant minoritaire ou égalitaire est, comme le président de SAS, assimilé salarié. La distinction est déterminante pour le coût social de la rémunération.
Non : depuis la loi PACTE, les contrats Madelin ne sont plus commercialisés (fin des nouvelles souscriptions au 1er octobre 2020). Le Plan d’Épargne Retraite (PER) a pris le relais et reprend, en les modernisant, les avantages de déduction pour les indépendants.
Non, une transformation reste possible, mais elle entraîne un coût et des conséquences juridiques et fiscales. C’est précisément pourquoi il est préférable d’anticiper le choix du statut dès la création, en intégrant sa dimension patrimoniale.